LES CONSÉQUENCES D'UN ENFANTJe dompterai cette chance insolente qui se fout de moi. Je n'ai pas besoin de chanson pour constater que la roue tourne. Elle tombe, comme ça, d'un coup. Une seconde nous avons tout, l'autre plus rien. Et l'impuissance s'insinue au plus profond de nos entrailles, nous gèle le sang lorsque nous sommes malchanceux, ravive la flamme lorsqu'elle nous sourit ; moi je tremble devant elle, elle me fait si peur : c'est comme un parent qui me donne des ordres. Sans vraiment y penser, je sais qu'elle est là, qu'elle me guette, et que, si elle le souhaite, elle peut tout faire basculer. Peut-être plus que de la chance, un jeu de Dieu. Le Père est un enfant de sept ans jouant avec nous comme un nouveau-né qui s'amuse avec son hochet en se disant : "et si je fais ça, qu'est-ce que ça va donner ?" Alors le Beau devient Laid, le Bien devient Mauvais, - si son désir est. Moi j'appelle cela de la "chance", oui, parce que "geste divin" ça en fait peut-être beaucoup, quoi, ce n'est qu'une manifestation d'un tiers que l'on ne peut voir ni toucher et qui chamboule notre vie du bon comme du mauvais coté. La chance c'est comme une rupture amoureuse : on en comprend pas toujours les raisons, on en a pas forcément envie (j'entend ici la malchance), ça peut tomber aujourd'hui comme dans des années et lorsqu'elle tombe, on y peut rien. Voilà pourquoi elle m'effraie. Oui, je dompterai cette chance insolente qui se fout de moi.